(Derrida's library)"Circonfession"–one of Jacques Derrida's more unbelievably masterful texts–I just found out was read by the Derrida and recorded, and is available on 5 CDs or tapes. Hearing the recording, one is instantly made aware of the possibilities of the long, comma-studded sentences, which can modulate in their grammar and meaning depending on how the voice takes them up. That is, one sees how Derrida could describe his writing in this text in a later interview with the following words: he says he would stop his particular reflection only "after the breathing space of a rhythmic sentence, which did have punctuation, as if rippling with commas, but was uninterrupted, punctuated without a period, if you like..." ("The Word Processor." In Paper Machine, Stanford UP, 1995. p. 22). That is, the commas turn into periods, and the periods into commas, as the text turns around and consolidates, with and against the inertia of its desire to speak, the possibilities of its expressiveness. (And, I'll note, this is a mode I also believe wholeheartedly is at play or work in many other texts of Derrida's besides this one, and we should consider them as such–that is, read them more like we read "Circonfession.") Here, below, in French, is the first of these reflections–what are called in the title and in the text "periods and periphrases" (périodes et périphrases). You can hear the text read by Derrida (thanks to the great Derrida en castellano site) by clicking on this link here.
Le vocable cru, lui disputer ainsi le cru, comme si d'abord j'aimais à le relancer, et le mot de "relance", le coup de poker n'appartient qu'a ma mère, comme si je tenais à lui pour lui chercher querelle quant à ce que parler cru veut dire, comme si jusqu'au sang je m'acharnais à lui rappeler, car il le sait, cur confitemur deo scienti, ce qui nous est par le cru demandé, le faisant ainsi dans ma langue, l'autre, celle qui depuis toujours me court après, tournant en rond autour de moi, une circonférence qui me lèche d'une flamme et que j'essaie à mon tour de circonvenir, n'ayant jamais aimé que l'impossible, le cru auquel je ne crois pas, et le mot cru laisse affluer en lui par le canal de l'oreille, une veine encore, la foi, la profession de foi ou la confession, la croyance, la crédulité, comme si je tenais à lui, pour lui chercher dispute, en opposant un écrit naïf, crédule, qui par quelque transfusion immédiate en appelle à la croyance du lecteur autant qu'a la mienne, depuis toujours d'une autre langue, d'une langue toute crue, d'une nom à demi fluide aussi, là, comme le chant, et j'entends ricaner, pauvre vieux, t'en prend pas le chemin, c'est pas demain la veille, tu sauras jamais, la surabondance d'une crue après le passage de laquelle une digue devient belle comme la ruine qu'elle aura toujours au fond d'elle-même emmurée, la cruauté surtout, encore le sang, cruor, confiteor, ce que le sang aura été pour moi, je me demande si Geoff le sait, comment saurait-il que ce matin-là, un 29 novembre 1988, telle phrase est venue, de plus loin que je ne saurai jamais dire, mais une seule phrase, à peine une phrase, le mot pluriel d'un désir vers lequel tous les autres depuis toujours semblaient, la confluence même, se presser, un ordre suspendu à trois mots, trouver la veine, ce qu'un infirmier pouvait murmurer, une seringue à la main, la pointe dressée vers le haut, avant la prise de sang, lorsque par exemple dans mon enfance, et je me rappelle ce laboratoire dans une rue d'Alger, le peur et la vague d'un glorieux apaisement s'emparaient à la fois de moi, me prenaient aveugle dans leurs bras à l'instant précis où par la pointe de la seringue s'assurait un passage invisible, toujours invisible, pour l'écoulement continu du sang, absolu, absous en ce sense que rien ne semblait s'interposer entre la source et l'embouchure, le dispositif assez compliqué de la seringue n'étant introduit à cette place que pour laisser le passage et disparaˆtre en tant qu'instrument, mais continu en cet autre sense que, sans l'intervention maintenant brutale de l'autre qui, décidant d'interrompre le flot une fois la seringue, toujours dressée, retirée du corps, repliait vivement mon bras vers le haut et pressait le coton à l'intérieur du coude, le sang eût pu inonder encore, non pas indéfiniment mais continûment jusqu'à m'épuiser, aspirant ainsi vers lui ce que j'appelai: le glorieux apaisement.
-"Circonfession." In Jacques Derrida, by Jacques Derrida and Geoffrey Bennington, Éditions du Seuil, 1991. #1, p. 7-12
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